Portrait d’Adèle Bloch-Bauer par Klimt

Tableau réinterprété par Lara Martin

Shmate et techniques multiples 90 cm X 90 cm

Adèle Bloch-Bauer I et le Shmate Lara Laria Martin

Portrait Adèle Bloch-Bauer I by Klimt Neue Galerie New York

Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme 25 mai 2014
Exposition organisé par un atelier textile sur le thème du « shmate » au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme 25 mai 2014

Le shmate comme support artistique

Ce tableau a été réalisé dans le cadre d’un atelier de création textile organisé par le Musée d’Art et d’histoire du Judaïsme à Paris. Cette activité proposée par Elisabeth Kurztag portait sur le thème du « shmate », chiffon en yiddish.

Cet atelier proposait aux participants de créer avec un chiffon, quelque chose en relation avec l’Art et l’histoire du judaïsme.

Une fois ce bout de coton entre les mains, j’ai décidé de l’utiliser comme un support. Ce «shmate» allait devenir une illustration, d’un des pans de l’histoire du judaïsme : la spoliation (raubkunst, beutekunst) des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

La spoliation d’objets d’art et de biens immobiliers juifs

J’ai abordé ce tissu, en imaginant une scène se passant France. Celle, d’un juif découvrant son appartement ayant fait les frais de l’aryanisation de ses biens. Ici tout a été raflé. Il ne reste qu’un vulgaire torchon laissé sur la table de la cuisine. L’homme est saisi d’une violente envie de pleurer et attrape le « shmate » pour essuyer ce flot de larmes. Pour lui, à ce moment-là, il n’y a plus rien.

Pourtant, les heures passent et la pulsion de vie reprend le dessus.

Comment reprendre espoir, quand tout vient de s’effondrer ? Comment trouver une ressource dans presque rien ?

Quand il ne reste qu’un shmate comme dernière richesse

Ce « shmate » est devenu le temps de cet atelier textile, le dernier trésor de ce pauvre hère spolié.

Copiste et peintre, l’idée de faire un tableau de ce tissu, me parut être une évidence.

L’histoire du portrait d’Adèle Bloch-Bauer I réalisé par Klimt (1862 – 1918) serait le départ de ma création.

Ce tableau « le portrait doré d’Adèle Bloch-Bauer » est l’incarnation même de l’aryanisation des biens, de la spoliation des Juifs et surtout l’emblème de la restitution.

Généralement, le sujet de la spoliation est traité sous l’axe de la perte définitive des biens et des objets. Pourtant, la bataille juridique menée par les descendants d’Adèle Bloch-Bauer, soutenue par la Commission for Art Recovery et la loi de 1998 relative à la restitution des œuvres d’art, illustre la possibilité d’un succès.

La Commission for Art Recovery et Hear Act 2016 comme espoir

Cette victoire est un message d’espoir pour tous les « Unbekannt ». Les « Unbekannt » sont ces nombreux objets d’art ou biens volés et répertoriés par les nazis comme « propriétaire inconnu ». Ces œuvres d’art, destinées au projet du musée du Fuhrer (sonderauftrag Linz), mais également à Goering et sa bande, retrouveront-elles un jour les familles de leurs propriétaires ?

En revisitant le portrait I d’Adèle Bloch-Bauer, j’ai procédé par plusieurs étapes, en mélangeant plusieurs techniques.

Le shmate devient un tableau aux multiples techniques

Premièrement, j’ai débuté par calquer les traits principaux du tableau original de Klimt. Puis, j’ai tendu le textile sur un châssis. J’ai commencé à traité le pardessus d’Adèle Bloch-Bauer à la bombe et avec des couches de peinture à l’acrylique. Les fleurs dans le fond du tableau ont été traitées également à l’acrylique.

Ensuite, voulant vêtir Adèle Bloch-Bauer d’une magnifique robe-fourreau gris perle, j’ai cousu un morceau coupon satiné sur le « schmate » peint. Puis pour donner du relief et de la noblesse à sa tenue, j’ai cousu des perles en forme de pétales. La difficulté était de coudre sur une toile déjà tendue.

Le visage et les parties visibles du corps sont peints à la peinture à l’huile. Ce choix apporte une plus grande douceur et surtout un aspect naturel. Les mains sont traitées également à l’huile, elles expriment volontairement une forme de décharnement, symbole de la spoliation.

Dans cette interprétation, Adèle Bloch-Baur pose devant une ménorah allumée. La lumière de ce chandelier symbolise l’espoir de continuer à restituer d’autres œuvres pillées.

La détermination, la revendication et la loi pour la restitution

En 2019, la détermination des descendants de familles juives spoliées, les actions maintenues de la Commission for Art Recovery, la loi de 1998 relative à la restitution des œuvres d’art et le HEAR (Holocaust Expropriated Art Recovery) loi votée en 2016, offre encore des moyens d’action.

N’oubliez pas qu’après un pillage, un vulgaire chiffon peut receler un trésor.

Lara Martin

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